Les membres des multiples associations et des syndicats déplorent le fait que
trop peu de gens adhèrent à leurs organisations. L’individualisme qui domine
dans nos sociétés actuelles est fréquemment invoqué. Mais d’autres
raisons doivent aussi être soulignées. On peut ranger celles-ci en deux
catégories : Le manque de lisibilité politique des causes des inégalités
actuelles et une dispersion des expressions institutionnalisées de la solidarité.
Le manque de lisibilité politique des causes des inégalités actuelles
Les capitalistes comme les marxistes ont eu une confiance sans mesure à l’industrie
et la croissance. Les marxistes ont pointé les capitalistes comme responsables
des inégalités mais n’ont pas proposé d’alternatives véritables en matière
d’utilisation ou de partage des ressources. Comme la droite, la gauche réclame
la croissance mais souhaite mieux la partager
Il y a des raisons à cela : Le niveau de vie qui avait considérablement augmenté
dans la période de 1945 à 1975 devait continuer à progresser pour les générations
futures. Ceci d’autant que la société s’était dotée de moyens pour préserver la
population de la maladie et de la misère. Ce système de solidarité que l’on
pourrait appeler assurantiel devait tout faire.
Nombre d’acteurs sociaux ont cru qu’il suffisait d’acquérir de nouveaux droits
et que les salariés de l’entreprise voisine comme ceux des pays du Sud allaient
obtenir le même niveau de vie. Cette croyance en la croissance liée au progrès a
poussé à des revendications telles que les augmentations de salaire au pourcentage
puis dans un second temps à se cantonner à la défense des acquis au sein de l’entreprise.
Les actions de solidarités en direction des salariés les plus défavorisés ont été
oubliées. Quant- aux chômeurs ou aux « sans logis », les politiques d’assistance
à leurs égards ont gommé tout autre attitude de solidarité. Par exemple est-il
question de les aider à s’organiser pour défendre leurs droits sociaux ?
Le réseau de relations prend le pas sur le collectif et l’individu est incité à
garantir ses droits par des démarches personnelles. Il n’est incité à s’investir
dans la solidarité que lorsque que son périmètre de bien être est sécurisé.
Une conception qui entraîne le salarié à attendre d’être en contrat de travail
à durée indéterminée ou titulaire de son poste avant de se syndiquer et de
défende les acquis de son statut.
Cette croyance exagérée à la croissance a laissé au fil de ces dernières décennies
les mains libres aux multinationales ou autres grandes entreprises de pratiquer
la sous-traitance ou les délocalisations. Il existe donc aujourd’hui des ouvriers
faisant le même travail avec des statuts complètement inégalitaires.
Il y a une prise de conscience que la croissance produit des dégâts sur
l’environnement. Cependant les politiques et les médias qui les relaient sont
trop souvent silencieux sur les dégâts de cette croissance sur la santé au regard
de l’utilisation de produits chimiques dans le domaine de l’agriculture intensive.
Ils font encore plus souvent silence sur les dégâts de cette croissance sur les
conditions de travail de millions de travailleurs tant dans le Sud que dans notre
propre pays.
Cette confiance dans le développement basé sur la croissance est un peu remise
en cause. Mais, beaucoup des partisans du développement durable ne remettent
pas en cause le développement proprement dit. Ils ne s’attaquent qu’aux conséquences
les plus indésirables. Certains prononcent même le terme de « croissance durable ».
Y a-t-il un désir inconscient de certains individus de voir un monde propre en
fermant les yeux sur les inégalités et la misère ?
Ce sont les raisons pour lesquelles il n’y a pas aujourd’hui tant au niveau des
partis politiques de gauche que de plusieurs acteurs de la société civile,
d’expressions claires sur des alternatives possibles à notre fonctionnement
économique et social actuel qui génère des inégalités, de la précarité ou de l’exclusion.
La multiplicité des organisations de solidarité tue la solidarité
Il y a beaucoup de syndicats et des milliers d’associations de solidarité.
Prenons le cas de la solidarité internationale il y a presque tous les jours
une association d’une petite ville de France qui se crée pour agir
dans tel ou tel village d’un pays du Sud notamment en Afrique.
Bien souvent dans cette même ville il y a une ou plusieurs autres
associations qui mènent des actions de solidarité dans ce même pays du Sud.
Pour l’individu épris de justice qui veut exercer ses devoirs de citoyens ce n’est
pas simple d’être solidaire dans son entreprise et encore moins à l’égard des
ouvriers d’autres entreprises de l’intérieur ou de l’extérieur de son pays…
Chaque organisation de solidarité est focalisée sur un aspect, « un morceau »
de solidarité et l’individu ne peut porter sur ses épaules toute la misère du monde.
De plus, Cette multiplicité d’organisations ne permet pas aux responsables de chacune
d’entre elle de se consacrer totalement aux objectifs de solidarités. Une grande
partie de l’énergie est utilisée à pérenniser le fonctionnement de l’organisation,
à prendre des postures pour occuper le plus d’espace possible par rapport aux
organisations concurrentes….
Cet aspect sectoriel des différentes solidarités provoque une sorte de spécialisation
de leurs animateurs. Le fonctionnement est donc plus adapté aux anciens adhérents
qu’aux personnes qui cherchent à comprendre avant d’adhérer.
Cette analyse sereine mais sans concession est nécessaire pour se donner
des perspectives voir menu « Les Alternatives »
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