LES ALTERNATIVES >>> EN SAVOIR PLUS
La question de la grève des cheminots avec certaines positions syndicales voulant
mener une grève très longue et d’autres voulant négocier après une action plus courte,
illustre bien la difficulté de la perception par la population des actions syndicales
d’aujourd’hui. Que faudrait-il pour que les problèmes auxquels étaient confrontés
les cheminots (et leurs mouvements de grève), soient mieux compris par l’ensemble
des populations ?
1- D’autres rapports entre les différents acteurs sociaux
Les rapports entre les militants syndicaux reflètent les rapports entre les hommes
et les femmes dans notre société de plus en plus urbanisée. Plutôt que de s’entendre
avec son voisin d’entreprise, chacun a son réseau de relations. Lorsqu’il y a des
sensibilités différentes au sein d’une même entreprise les « coups de gueule»
prennent la place des débats indispensables.
Des échanges plus importants au sein d’un même syndicat, entre différents
syndicats mais aussi entre les organisations syndicales et associatives
représentant d’autres formes de la solidarité sont indispensables. Les liens
entre les ouvriers d’une même corporation ne peuvent durer que s’ils sont
alimentés par ces autres formes de solidarité. Ce travail sera bénéfique aussi
bien aux syndicats qu’aux associations parce qu’il permettra une meilleure
lisibilité des causes des inégalités actuelles.
2-Une meilleure lisibilité des causes des inégalités actuelles
Critiquer les 173% d’augmentation de salaire de Sarkozy ou le fait que d'autres
régimes spéciaux (députés, sénateurs ...)n’aient pas été touchés c’est indispensable mais insuffisant.
C’est en s’attaquant aux inégalités qui concernent les populations qui en souffrent
le plus que les problèmes des cheminots ou autres catégories de salariés seront résolus.
En matière de régimes de retraites il y a des inégalités très préoccupantes entre
diverses catégories de salariés. Par exemple entre ceux qui ont un travail
difficile et qui devraient partir plus tôt et les autres. Entre les ouvriers et
les cadres parce que les premiers ont une durée de vie plus courte. Il y a aussi
la question des retraités qui perçoivent une retraite très insuffisante pour vivre décemment.
Mais les inégalités entre salariés vont bien au-delà de ces questions. Il y a
aussi tout ce qui touche aux questions des conditions de travail, des inégalités
de salaires, des inégalités hommes femmes…Et que dire des inégalités entre les
salariés de notre pays et ceux d’autres continents du Sud?
Malheureusement, aujourd’hui ces aspects ne sont abordés que coupés des préoccupations
politiques et sociales actuelles. Pour pouvoir réellement vivre ensemble c'est-à-dire
non seulement dans notre localité mais aussi au niveau national et planétaire il faut
certes dénoncer les excès de richesses mais aussi travailler à diminuer les
inégalités tant au niveau local et national qu’au niveau international.
Cela nous conduit à nous pencher sur nos différents modes de vie non seulement
du point de vue environnemental mais aussi au niveau social. Il y a assez de
richesses sur terre pour nourrir tous les habitants de la planète mais pas pour
répondre à des niveaux de vie d’une minorité qui fait malheureusement l’objet de
la convoitise d’autres personnes. Alors que la plupart des politiques voient les
remèdes au chômage dans la croissance. Il faudra revoir nos modes de consommation.
La diminution de la consommation d’énergie, le recours à des énergies nouvelles
peut être un facteur important d’emplois. De même le partage des richesses doit
prendre la place des stratégies de croissance qui ne bénéficient qu’à des minorités.
Il est plus intéressant d’avoir un éventail des salaires resserré qu’une minorité
de salaires très importants et un grand nombre de salaires au Smic et parfois au
dessous (le cas des temps partiels imposés)
Malheureusement nous vivons dans l’immédiat alors que tout conflit comme celui
des cheminots n’a de lisibilité que s’il s’encastre dans une lecture globale
d’un vivre ensemble. Pour exemple il faut bien vivre avec les salariés des pays
du Sud qui gagnent parfois dix fois moins que nous. Allons nous nous contenter de
revendiquer corporation par corporation en ignorant tout cela ?
Défendre de façon véritablement efficace et pérenne nos droits sociaux dans notre
entreprise passe par d’autres actions incontournables. Celles contre les inégalités
inacceptables dans notre pays et celles des soutiens nécessaires des organisations
du Sud qui luttent pour leurs droits syndicaux de meilleurs salaires, un accès à la terre…
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Mars 2003 : rencontre délégation CFDT Bretagne avec délégation CGT B à Ouagadougou
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3-Un regroupement des organisations de solidarité
Il existe des milliers d’associations notamment dans le domaine de
la solidarité internationale. Il est possible d’y remédier. Pour ce qui concerne
notre association CIS 35 nous adhérons à la fédération Peuples Solidaires qui
compte 75 associations locales. De même notre fédération est en discussion avec
l’ONG Action Aid International qui fédère plusieurs autres organisations nationales.
Nous souhaitons actuellement aller plus loin en proposant à des associations
locales de solidarité internationales de prendre des liens assez souples avec
nous afin d’échanger voir de travailler ensemble. Une volonté commune des
militants de nos différentes associations va nous permettre d’avancer dans ce sens.
Il est également possible de faire des actions communes et de tisser des partenariats
avec des organisations syndicales. C’est dans cette direction que travaille CIS 35.
Ces actions communes donnent plus de lisibilité aux syndicats comme à notre association.
Elles contribuent également à s’ouvrir aux liens entre les problèmes sociaux
locaux et les inégalités Nord/Sud.
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Mars 2003: rencontre de militants de la CFDT Bretagne et de Peuples Solidaires
avec le MBDHP (Mouvement Burkinabé de défense des Droits de l’Homme et des Peuples)
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4- Les stratégies de rapport de force doivent laisser de la place à d’autres comportements humains
Les cheminots ont utilisé la stratégie classique qu’ils avaient à leur disposition,
celle du rapport de force. Cette stratégie nécessitant de s’affronter au pouvoir
politique pour conserver ses acquis sociaux montre aujourd’hui ses limites. C’est
un bras de fer où il y a toujours le plus fort qui gagne et avec un volet corporatiste
qui ne permet pas de prendre en compte tous les problèmes
Les stratégies de rapport de force ont imprégné bien des acteurs sociaux pour
devenir une culture pour un certain nombre de militants. Cette culture est trop
souvent empreinte de violence verbale et de patriotisme d’organisation,
comportements qui ne facilitent pas les débats nécessaires.
Si le rapport de force ne peut être abandonné dans bien des circonstances,
une autre culture est aujourd’hui nécessaire, une culture plus pacifique mais
beaucoup plus déterminée, une culture de résistance aux pouvoirs de l’argent
aux ambitions de pouvoir petits ou grands, une culture d’échanges et de fraternité.
Dans le domaine revendicatif il s’agit plus souvent de modifier que de garder
ce qui existe :
- les inégalités entre les hommes et les femmes
- les inégalités entre les salaires en France et entre les salariés français et
ceux des pays du Sud
- Les inégalités au niveau des montants des retraites
-….
Il y a bien des revendications et des actions nouvelles qui devraient jaillir
pour lutter contre ces inégalités à commencer par le resserrement de l’éventail
hiérarchique des salaires + primes. Déjà à l’Antiquité Platon estimait que les
limites acceptables entre les plus riches et les plus pauvres devaient être de
un à quatre. Une étude de 1998 établissait une échelle de un à neuf entre le Smic
et le revenu d’un cadre supérieur du privé. (Revue Partage n° 192 p 28) Que dire
des salaires de certains PDG ?
Ce problème des écarts de salaires est important. Il ne s’agit pas de revendiquer
une augmentation du pouvoir d’achat sans préciser pour quelle catégorie de salariés.
Ce sont les bas salaires et les basses pensions qui ont besoins d’être relevés.
Plus généralement il y a beaucoup de personnes sur notre planète (y compris chez
nous) qui ont besoins de revenus plus importants pour vivre dignement. Nos approches
actuelles de la solidarité ne sont pas suffisantes pour qu’ils y parviennent.
Le problème est de mieux partager nos ressources et nos revenus. Pour aller dans
cette direction nous avons besoin de changer nos propres comportements et
d’impulser de véritables dialogues entre les acteurs de la solidarité.